Bjork – Post

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1995

Ok. S’il existe un album de Bjork à posséder absolument, il s’agit de celui-ci. Nous sommes en 1995, et si l’enfant prodige d’Islande n’a pas encore complètement expérimenté les violons ni les chansons « beatbox », Post regorge d’ambiances complètement différentes.

Le voyage commence un sombre Army of Me électronique plutôt oppressant. Un mélange inquiétant de douce voix et de sons glacials pour un résultat vraiment impressionnant. On retombe dans l’enchantement avec Hyperballad, single tout bonnement imparable. Une nappe de basses et sonorités électros posent les bases d’une pyramide où viennent se greffer des violons, un rythme toujours plus pour se diriger vers la pointe, où Bjork semble être au zénith du bonheur.

The Modern Things démarre avec des paroles assez mystérieuses (toutes les choses modernes comme les voitures et autres ont toujours existé : elles ont seulement attendus le bon moment pour sortir des montagnes) avant de faire entrer un sample de batterie bien jazzy, des « tahiiiii » et même des instruments à cordes japonais, toujours avec la même intensité émotionnelle propre à Bjork.

On enchaîne sur Oh it’s so Quiet et son cadre de comédie musicale, véritable métaphore de la chute amoureuse. Une version très rafraichissante de Blow a Fuse Betty Hutton, morceau qui nous ramène dans les années 1940. Le timbre de voix de la chanteuse est tout bonnement frais, authentique, naturel, décontracté et toujours unique.

Et soudain dans ces rues où débordent joie et amour arrivent de noirs violons. Ce sont ceux d’Enjoy, le titre le plus sombre de l’album et le meilleur à mes oreilles. Toujours sous des nappes d’électro, une courte note de trompette hurlante surgit de temps à autre pour rendre le titre encore plus étouffant, et où les cris de Bjork, entre innocence diabolique et énervement de plaisir, sont plus que déstabilisants. Une tension qui diminuera sur un You’ve Been Flirting Again puis un Isobel certes entraînants (en particulier le refrain de cette dernière) mais assez détaché du reste de l’album, plus proche du single que de l’expérimentation.

Possibly Maybe nous éloigne à nouveau vers d’autres galaxie : Un très lent morceau trip-hop dont les doux petits bruit électro ont fortement inspiré le groupe Crane, avec (encore et toujours) la douce voix de Bjork, qui se fait enfantine, fragile, avec des renforts de choeurs sucrés, puis des pointes dans les aigus, et toujours, toujours cette même émotion. On note une fois de plus le soin apporté à la production avec des détails comme la musique se taisant subitement de temps à autre, ou encore une boucle de flute particulièrement étrange vers le début du morceau.

Marier la techno et un accordéon ? Faire partir le tout en fanfare hystérique de trompettes ? C’est le pari que s’est lancé Bjork sur I Miss You, pour un effet explosif et génial. Cover quant à lui nous livre de la…harpe, créant ainsi une ambiance asiatique. Oui, il faut vraiment s’accrocher pour ne pas avoir le mal de mer sur ce navire qui bascule d’un monde à l’autre et esquisser des paysages totalement inégaux.

Le disque se clôture sur un morceau au combien intimiste, Headphones, et comme son titre l’indique vous l’apprécierez nettement plus en l’écoutant au casque. « My headphones, they saved my life – your tape, it lulled me to sleep to sleep to sleep ».

Que puis-je ajouter pour vous convaincre ? Près de 15 ans après sa sortie, Post de Bjork s’avère toujours aussi incroyable, inattendu, expérimental, à la fois florissant d’une pléthore d’influences et unique. Un monument de culture musicale à écouter d’urgence si ce n’est déjà fait.

__Tracklist

1. Army of Me
2. Hyperballad
3. The Modern Things
4. It’s Oh So Quiet
5. Enjoy
6. You’ve Been Flirting Again
7. Isobel
8. Possibly Maybe
9. I Miss You
10. Cover Me
11. Headphones

8.5

Génie 8.5

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A propos de l'auteur

Jérôme

Diplômé en journalisme, je fais des interviews de groupe depuis 2005 sur mon propre webzine, Hell Hina.

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